[Midi Libre] Régionales Blanc : « Couderc est l’antidote de Frêche » (08.03.2010)

Le Sénateur Jacques Blanc, ancien Président de Région, répond aux questions de François MARTIN pour Midi Libre.

L’ancien président a été écarté des listes de la droite après dix-huit ans de "loyaux services". Stratégie nationale oblige.

Comment avez-vous vécu votre dernier passage à la Région ?

Avec beaucoup d’émotion. Je voulais, à l’occasion de ma dernière commission permanente, que le conseil régional prenne en compte un dossier qui me tient à cœur : le "pôle sport handicap loisirs" en Lozère. Tout le monde était d’accord pour financer. Mais aucune somme n’était inscrite à l’ordre du jour. A Vinisud, j’ai interpellé Frêche. Il m’a demandé : « C’est ta dernière commission permanente ? Eh bien je fais le nécessaire ». Il a fait inscrire un million d’euros pour ce dossier exemplaire. A la commission permanente, ce fut ma fête. J’ai dit quelques mots. Mais ce n’était pas un testament. Je ne suis pas mort.

Vos meilleurs souvenirs en 37 ans de présence ?
Ma présidence avec les Jeux méditerranéens. La solidité de mes amitiés avec mon groupe. Et j’ai la prétention de croire que j’ai bien incarné la région notamment sur le plan européen.

Votre gestion avec le FN, une tache dans votre carrière ?

Non. Même si la polémique a été très dure. Je suis à l’aise sur ce dossier. J’avais toujours dit avant les élections que je prendrais les voix d’où qu’elles viennent.

Vous le referiez, à nouveau ?

S’il n’y avait pas eu Frêche, peut-être aurais-je fais autrement. J’avais toujours dit qu’il ne fallait pas lui laisser les clés de la maison. Ceci dit, personne n’a trouvé une seule action suspecte dans ma gestion. J’ai toujours préservé ma liberté et mes valeurs. Avec le recul, les gens voient bien que j’avais en face de moi Georges Frêche. Machiavel et redoutable politique. Notre combat était à un certain niveau.

Diriez-vous que l’on ne joue plus dans la même division avec Couderc ?

Je ne porte pas de jugements. La question de ma présence, aujourd’hui, à la tête de la liste UMP, était au centre des débats. A Paris, on n’a pas voulu rejouer la bataille Frêche-Blanc. Cela aurait été une campagne trop tapageuse. Terrible. On a préféré adouber Couderc. Adieu le face-à-face viril et le combat des chefs.

Sauf que c’est Frêche qui a occupé le terrain, non ?
C’est sûr. Martine Aubry est intervenue trop tard. Sous de faux prétextes même si elle avait de bonnes raisons.

Comment le jugez-vous dans la polémique actuelle ?
Frêche n’est pas antisémite. Ni raciste. Il a tant d’autres défauts. Mais il ne fallait pas dire qu’il était antisémite. C’est faux. Et cela le sert. Je tire un coup de chapeau à son habileté politique. Le coup de la marionnette Codorniou, c’est quelque chose de grand.

Vous le trouvez fragilisé dans cette élection ?
Frêche dispose d’un grand bilan... à Montpellier. A la Région, son bilan est nul. Il n’a pas trouvé de grands moments régionaux. Hormis la Septimanie (rires : NDLR). J’ai la prétention de croire que j’ai donné un contenu au Languedoc-Roussillon. De l’avoir incarné. Lui, ce n’est pas sa tasse de thé. Ce territoire ne lui sied pas. On a besoin de consensus et non d’actes guerriers.

Quel est aujourd’hui votre pire souvenir ?
Mes deux premières années dans l’opposition avec Frêche comme président. Il m’a fait fâcher avec tout le monde. Même avec la presse. J’ai dû faire face à cinq attaques devant la justice. J’ai été blanchi après avoir été mis en examen.

Une épreuve ?
C’était une épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Me retrouver devant un juge, ce fut très dur.
C’est pourtant ce que votre conduite à l’égard des journalistes de Midi Libre a entraîné à notre endroit ?
Je n’avais pas demandé votre poursuite judiciaire sur le dossier de la chambre des comptes. Je m’y suis mal pris. Je voulais démontrer l’implication de Frêche dans ce dossier.

Comment jugez-vous la campagne, alors que l’on vous a éjecté de la Lozère ?

C’est vrai, on m’a viré des listes lozériennes. Je m’y attendais. Saint-Léger, c’est moi qui l’ai fait… Comme d’habitudes, ce sont des petites trahisons entre amis. Mais je n’ai pas d’amertume. Sauf que je pense que j’aurai pu encore mieux aider Couderc à l’emporter. Le 21 mars, ce serait une grande satisfaction pour moi de revenir à la Région, la tête haute, chargé d’une mission méditerranéenne.

Et Couderc ?
C’est l’exact contraire de Frêche. Couderc est réservé. C’est à la fois sa faiblesse et sa force. C’est l’antidote de Frêche. On est loin de l’esbroufe. C’est du sérieux. Même s’ils lui ont changé de look, il a quand même un peu de mal avec la communication.

Quelle image conserverez-vous de Frêche ?
Il a un côté odieux, despote total. Méprisant. A l’ironie redoutable. De temps en temps, il a quelques élans qui paraissent plus sincères. Mais le côté mauvais l’emporte toujours. S’il est battu, il foutra le camp. Pas comme moi. S’il est réélu, ce que je n’espère pas, il montrera qu’il n’a pas changé. Il fait un combat de trop.

Propos recueillis par François MARTIN

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